Tout part d’une photo prise sur le vif, sans réflexion préalable. D’une photo qui un jour sera la preuve d’une époque révolue. Une époque que mon bébé devenu grand ne connaîtra que par le biais de nos récits et de ces clichés volés.
Son visage aux traits de poupée je veux l’immortaliser, je veux le coucher sur papier pour qu’il prenne la patine des années qui la verra grandir. Je le sais désormais en voyant ma géante de 4 ans que les années filent à toute allure et malgré cette volonté pugnace à accrocher le réel dans le temps, les choses nous échappent… on ne peut pas tout garder et après tout ce n’est peut être pas plus mal ainsi.
En photographiant Mathilde je me dis que je suis une sorte de gardienne de souvenirs, que les photos que je prends aujourd’hui innocemment lui donneront un aperçu de sa vie d’avant, un peu comme lorsque je retrouve mes albums photo qui sont bien plus que photographiques : ils valident des moments fugaces que notre mémoire aurait peut etre laisser s’échapper si les photos n’avaient pas été là pour nous les rappeler.
Aujourd’hui, on photographie plus que de raisons : qu’adviendra t il de nos milliards de clichés ? Les regarderons-nous tous avec autant d’importance ? Avec autant d’attachement et de bienveillance ? Ne vaut il mieux pas n’en garder qu’une poignée et laisser les autres s’envoler ?
Alors pourquoi cette photo et pas une autre ? Disons que j’ai envie de la raccorder à un souvenir, à une odeur, une complicité. Je veux la faire entrer dans sa future mythologie personnelle. Parce que sur cette photo ces petites billes noires et son visage sculpté me rappellent nos touts premiers regards. Pour cette simple et dernière raison, je la fais sortir du lot, et de ces 100000 autres captures qui se perdront dans les limbes de mon disque dur.
Je veux en faire un instantané éternel … et vous, comment gérez-vous vos centaines de milliers de portrait d’enfants ?